Cette semaine nous allons vous parler d'un sujet extraordinaire, vous donner des conseils qui amélioreront votre écriture et vous permettront de prendre davantage de plaisir à écrire. Pour cela, laissez-nous d'abord vous le dire : Pochade vient d’être élue meilleure plateforme d'écriture de la galaxie, Fanny a reçu la Légion d'honneur, Romain a été adoubé chevalier, et à partir de lundi les Pochettes seront livrées à domicile par coursier avec une part de gâteau !
Driiiiiing !
Vous êtes réveillés ? Navrés, mais il ne s'agissait que d'un beau et doux rêve. Il a existé quelques instants dans votre esprit (ce qui est déjà pas mal, nous direz-vous), mais c'est tout ! Aujourd'hui, parlons de ce que vous venez de vivre – ce ne sera pas une psychanalyse, promis – parlons du coup du rêve !
De quoi on parle exactement ?
Si vous n'êtes pas familiers de ce que nous appelons chez Pochade "le coup du rêve", vous devez être un peu perdus. Le coup du rêve, c'est, en peu de mots, terminer un récit de fiction en réveillant son personnage principal, et rendre ainsi caduc tout ce qui a précédé.
La forme la plus pure, c'est la fameuse dernière phrase : "Et il se réveilla. Ce n'était qu'un rêve." Vingt pages de course-poursuite, de cœur brisé ou de dragon, et hop : rien de tout ça n'a eu lieu. Le lecteur repose le texte avec l'impression bizarre d'avoir couru longtemps pour revenir exactement à son point de départ.

Pourquoi, chez Pochade, on le déconseille
Parce qu'il y a un contrat entre celui ou celle qui écrit et celui ou celle qui lit. Ce contrat ne dit pas "je vais te raconter des choses vraies" – c’est de la fiction, tout le monde est au courant –, il dit quelque chose de plus subtil : "ce que je te raconte compte". Vous demandez au lecteur d'avoir peur pour votre personnage, d'espérer avec lui, de s'attacher. Il le fait. Il vous fait confiance.
Le coup du rêve, c'est rompre ce contrat à la dernière ligne.
Le pire twist n'est pas celui qu'on ne voit pas venir, c'est celui qui annule tout ce qu'on avait vu. La frustration peut être grande : quel dommage d'effacer l'émotion que le lecteur a ressentie en lui disant, au moment de refermer, que tout était faux. Sur Pochade, où l'on se lit beaucoup entre pochons, ça se sent d'autant plus : quelqu'un a pris le temps d'entrer dans votre texte, de commenter, de s'attacher à votre personnage… et vous lui annoncez que rien n'existait.

Et puis, soyons honnêtes : neuf fois sur dix, ce n'est pas un choix. C'est un sauvetage. On a écrit un texte qui part dans tous les sens, on ne sait plus comment le refermer, alors on réveille tout le monde. Le lecteur, lui, le sent parfaitement.
Mais un coup du rêve n'est pas forcément mauvais !
Ne nous faites pas dire ce que nous n'avons pas dit : le rêve en littérature, c'est vieux comme la littérature, et c'est magnifique. Ce qu'on critique ici, ce n'est pas le rêve. C'est le rêve utilisé comme gomme.
Parce que oui, ça peut très bien fonctionner. C'est même un excellent exercice de style, à condition de respecter une règle simple : il faut l'amener.
Prenez Le Magicien d'Oz. Dorothy se réveille à la fin, tout Oz était un rêve… et pourtant personne ne crie à l'arnaque. Pourquoi ? Parce que l'œuvre ne nous trahit pas : dès les premières minutes on est dans une logique de conte, et chaque personnage rencontré en chemin a son double dans la vraie vie de Dorothy. On n'est pas piégés à la dernière seconde, on est accompagnés jusqu'à la révélation. Mais surtout : les étapes traversées par Dorothy constituent un véritable apprentissage. Même si, oui, peut-être, le pays d’Oz n'a pas vraiment existé... en fait, si il a profondément, réellement, palpablement existé ! Ce qui a d'autant plus de sens lorsqu'on se rappelle que les personnages qu'elle rencontre en chemin viennent toujours interroger les notions de réalité, de sincérité, de faux-semblants.
Idem pour Alice au pays des merveilles : la logique de rêve est là dès la première page, elle est le sujet.
La différence est là, et elle est nette :
- Le rêve raté, c'est celui qui arrive de nulle part et efface. Il retire quelque chose au lecteur.
- Le rêve réussi, c'est celui qui était là depuis le début, discrètement, et qui donne un deuxième sens à tout le texte. Il ajoute quelque chose au lecteur.
Alors si vous tentez le coup, semez. Un détail qui cloche. Une porte qui n'était pas là au chapitre précédent. Une heure qui ne veut pas avancer. Un personnage qui répond à une question qu'on ne lui a pas posée. L'objectif, c'est qu'à la relecture, votre lecteur se dise "mais oui, bien sûr !" – et non pas "ah bon, d'accord." Ou même “mais… est-ce que c’était un rêve ou la réalité ?”. Il faut que vous sachiez pourquoi vous utilisez ce procédé narratif lorsque vous écrivez votre texte (et non lorsque vous écrivez votre fin).
Un bon coup du rêve, c'est un texte qui se lit deux fois.

Le coup du rêve déguisé
Attention, il ne suffit pas de ne pas écrire le mot "rêve" pour y échapper ! Parfois le personnage n'est pas forcément endormi, et c'est quand même un coup du rêve.
Vous avez sûrement déjà croisé ces variantes :
- La grande bataille épique, les corps qui tombent, le sang dans la boue… et c'était un enfant qui jouait avec ses petits soldats sur le tapis du salon.
- Le thriller haletant qui se révèle être une partie de jeu vidéo, ou une simulation.
- Le drame terrible qui était en fait la pièce de théâtre que répétaient les personnages.
- Le récit qui n'était que le manuscrit lu par quelqu'un d'autre.
Tous ces procédés reposent sur la même mécanique et provoquent exactement la même sensation chez le lecteur : le contrat est rompu, ils se sentent trompés. Ce n'est pas le déguisement qui pose problème, c'est le geste.
Astuce :
Si vous vous demandez si votre chute est un coup du rêve déguisé, posez-vous cette question : est-ce que ce que le lecteur a ressenti pendant le texte reste vrai après la dernière ligne ? Si oui, tout va bien. Si non… vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Qu’en pensent les autres ?
Ce qui est très largement documenté, c'est que c'est la bête noire des jurys. Beaucoup de guides écrits par des membres de jury le citent systématiquement comme le meilleur moyen de perdre des points… Et pour avoir été nous mêmes membres de jury, nous pouvons confirmer qu’un coup du rêve mal ficelé est souvent facteur d’élimination.

On entend souvent dire que le coup du rêve serait carrément interdit dans certains concours de nouvelles ou festivals de courts métrages… A priori non, ce n'est pas interdit. Mais c’est pire : c'est une interdiction non-écrite. Le genre de règle que personne n'a votée mais que tout le monde applique.
Ce qui, quelque part, en dit long. Une communauté de lecteurs et de lectrices a fini par se mettre d'accord, sans se concerter, sur le fait que ce procédé leur reprenait quelque chose. C'est peut-être ça, la vraie leçon de l'histoire.
Alors, on le tente ou pas ?
Chez Pochade, on n'aime pas beaucoup les interdits en écriture – la seule vraie règle, c'est de prendre du plaisir à écrire. Donc oui, tentez-le ! Mais tentez-le exprès. En le préparant, en le semant, en offrant à votre lecteur une deuxième lecture plutôt qu'une porte fermée.
Le coup du rêve ne doit jamais être la sortie de secours quand on ne sait plus comment finir. Il doit être la destination.
Et si vous avez envie de vous y frotter : les ateliers de Pochade sont faits pour ça. C'est exactement le genre d'endroit où on peut se planter joyeusement, se faire lire par d'autres pochons, et découvrir en commentaire si votre chute a fonctionné ou si elle a réveillé tout le monde un peu trop brutalement. 🙂
Bon, et si tout cet article n'était qu'un rêve ? Non. Promis. On a vérifié.




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