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Montrer, ne pas raconter

Montrer, ne pas raconter

Vous avez forcément déjà entendu parler de ce conseil qu’on trouve à toutes les sauces sur internet : “montrer, ne pas raconter” (souvent simplement présenté comme “show, don’t tell”). Mais de quoi s’agit-il ? En quoi consiste-t-il ? En fait, c’est assez simple et peut beaucoup vous aider à apporter du relief dans vos écrits. On vous explique tout
par
Pochade
Friday
24
April
2026
5 min
Illustration type papier peint composé de dessins de machine à écrire noires et vertes, sur fond blanc de papier.

Show don’t tell, c’est quoi ? 

Show don’t tell, cela veut dire “montrer plutôt que raconter”. C’est une manière d’écrire un récit narratif en choisissant de livrer des informations de manières indirectes, afin que le lecteur comprenne ou ressente les choses tout seul.
Concrètement, c’est écrire “je frissonne” plutôt que “j’ai froid”.

C’est ça, le “show don’t tell” : laisser le lecteur faire ses propres constatations. Lui transmettre des informations, ou même des impressions, par des gestes, des regards, des attitudes, des situations, des éléments du décor... 

Comment on fait ?

L’idée, c’est de donner une information de manière indirecte. Par exemple, si on applique cette technique à l’émotion d’un personnage… Au lieu d’exprimer de manière très claire et directe l’émotion, “elle a peur”, on va davantage parler de l’effet que la peur a sur le personnage : “elle a les mains moites” ou encore sur son comportement “elle scrutait partout”, “tous ses sens étaient en alerte”. 

D’ailleurs, ça marche aussi pour un trait de caractère, une relation, une ambiance, un mensonge, pas seulement pour les émotions ! 

Concrètement, pour transformer ‘raconter” en “montrer”, commencez par choisir un détail qui indique l’idée générale. Vous pouvez par exemple piocher dans ces éléments :

  1. Le corps : gestes, posture, micro-réactions (mains moites, mâchoire serrée, regard fuyant).
  2. Les sensations : gorge sèche, chaleur dans la nuque, bruit trop fort, lumière agressive.
  3. Les actions : ce que l’émotion pousse à faire (mentir, fuir, ranger compulsivement, parler trop vite), ou ce que les gestes et les attitudes disent de la personnalité d’un personnage. 
  4. Le dialogue + le non-dit : phrases courtes, sous-entendus, silences, “ça va” qui veut dire l’inverse, la tension amoureuse entre deux personnages qui se retrouvent seuls… 

La question à se poser est : “Comment je peux le prouver en une image, un geste ?” (“le” faisant référence à… absolument tout dans votre texte !)

Exemples :

- Elle est jalouse.
→ Elle sourit, mais ses ongles grattent l’étiquette de la bouteille jusqu’à la déchirer.
- Il ment. → Il répond trop vite. Puis il recommence la phrase pour être plus clair.
- Il est amoureux. → Il relit un message banal, et son visage change avant même qu’il s’en rende compte.
- Cette pièce est oppressante. → L’air semble épais. On parle moins fort, sans savoir pourquoi.

Quel effet ça produit sur le lecteur ? 

Lorsqu’on montre, on ne donne pas l’information toute cuite au lecteur, mais des indices. Le lecteur est ainsi mis dans une position où il participe. Il observe, il déduit, il ressent. Cela permet plusieurs choses : 

  • Une vraie immersion dans le récit : on a l’impression d’être dans la scène, pas devant un résumé.
  • Plus d’émotions à la lecture : le lecteur va pouvoir davantage s’identifier aux personnages, et accéder à leurs émotions en les vivant grâce aux sens, et non simplement à l’esprit. 
  • Une crédibilité renforcée : un personnage qui “prouve” ce qu’il ressent paraît plus vrai qu’un personnage qui l’annonce.
  • Une richesse d’interprétation : parce que le texte appartient aussi à ses lecteurs, qui vont chacun lire avec leur propre manière de penser et de comprendre… 

Et en bonus, le lecteur ne risque pas de s’ennuyer ! 

Pourquoi il ne faut pas appliquer à tout prix cette technique ? 

On oppose souvent “montrer” et “raconter” comme si l’un était supérieur à l’autre. Mais attention, chez Pochade, vous ne nous prendrez jamais à dire qu’il vaut mieux absolument écrire comme ci ou que telle manière d’écrire est mauvaise. 

Déjà, parce que l’important est surtout de se faire plaisir. Et ensuite, parce qu’en réalité, “raconter” peut être la meilleure option lorsqu’on veut accélérer le rythme, résumer une période ou installer une voix narrative (conte, humour, chronique).

L’important, c’est de choisir et d’alterner pour créer du relief : montrer pour faire vivre une scène ; raconter pour aller droit au but.

Exemple : les deux techniques peuvent cohabiter

D'abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que, dans ce sang, se mirait les corps de plusieurs femmes mortes attachées le long des murs : c'était toutes les femmes que la Barbe-Bleue avait épousées, et qu'il avait égorgées l'une après l'autre. 

Dans le passage ci-dessus, même si on note une manière très visuelle et graphique d’arriver à la constatation (d’abord le sang, le reflet des corps, puis seulement les femmes attachées aux murs), l’explication est annoncée telle quelle (ce sont les femmes que Barbe Bleue a épousées). 

Justement, c’est intéressant de voir que même si le texte nous donne la conclusion telle quelle, on passe quand même par les yeux du personnage avant qu’on nous livre l’information. Les deux techniques narratives (montrer/raconter) sont mêlées dans un même texte, et cela donne beaucoup de relief. 

Et sur Pochade ?

Pochade est un lieu parfait pour s’entraîner à ce genre de techniques sans pression. En écrivant sur la plateforme vous pourrez expérimenter plusieurs styles/genres grâce aux défis courts sur le forum, aux contraintes d’écriture des ateliers, encouragés par des retours bienveillants : l’idée, c’est de progresser sans se prendre la tête (et surtout de reprendre plaisir à écrire).

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